Il était grand mais pas très beau. Il était fort, de forte taille, mais pas forte
tête. Il s’appelait Gras-Bouille et tout le monde le surnommait le poupon. Parvenu
de fraîche date à l’âge de la maturité, après une période pré-pubère quelque peu
prolongée, il s’était décidé à chercher femme en son pays.
Mais toutes, en l’apercevant, s’enfuyaient en courant effrayées par sa taille et
son embonpoint. « Il va nous écraser sur la couche quand il se retournera s’il n’y
prend garde. Et comment ferons nous pour le nourrir ? Non décidément ce Gras-Bouille
ci avec sa bidouille ne saurait faire un bon mari. »
Seule Taille-fine, une petite villageoise le remarqua. D’une beauté anonyme, elle
était essentiellement dotée d’un corps menu, sans relief aucun, parfois frêle ou
malingre au gré des régimes qu'elle s’imposait. Mais, une force de caractère peu
commune alliée à une puissance vocale dévastatrice lui suffisaient, en général, à
se faire tenir en considération par toutes sortes de gens de la contrée.
Faisant fi des mensurations du dit Gras-Bouille, elle sembla séduite par son air
affable et ses bonnes manières. Lui se dit qu’au moins elle n’irait pas finir ses
assiettes. Bref, tous deux se plurent puis se connurent. Ayant convaincu leur entourage
du bien-fondé de cette union alliant les contrastes opposés à leur contraire, alors,
ils se marièrent.
Ils vécurent somme toute heureux mais peu longtemps. Lui mourut jeune de maladie
cardio-vasculaire. Et elle décèda par suite de carences vitaminiques gravissimes.
Avant leur fin ils eurent le temps de concevoir deux enfants : une fille, grande
et maigre, et un garçon, petit et aimable.