Accueil.Ecriture.Images.Programmes.Animations.Contact.

 

Le site !
Dr. Grr.
Licence
Economie d’échelle

Abdel et moi étions contents d’intégrer La société NewTeamComputing. Nous sortions tout juste de nos études, et lorsque celle-ci nous a annoncé que nous étions enfin engagés, nous avons sauté de joie.  Ce n’est pas d’hier que nous connaissions cette société. Des cadres de la NTC étaient venus sur notre campus nous faire miroiter les postes à responsabilités et les gros salaires que nous pourrions y décrocher.  dans un exercice de séduction assez réussi, ces joyeux drilles avaient communiqué sur les brillantes réussites de leur entreprise, et les perspectives de carrière qu’elle pourrait nous offrir, le tout lors d’une présentation multimédia, très groovy, bariolée de couleurs sympathiques et de musiques de winner. C’est par une annonce de presse que nous avons appris Abdel et moi, au début du printemps de l’an dernier, que la société recrutait 100 nouveaux ingénieurs et commerciaux. A cette occasion, en vue passer les entretiens d’embauche, nous avions tous les deux fait l’acquisition d’un beau costume trois pièces. Et nous nous étions préoccupés  d’une nouvelle coupe de cheveux. Il faut dire que c’était important. Cela faisait à cette époque 6 mois que je cherchais mon premier poste.  J’avais effectué différents stages dans des filiale de plus grosses boites. Abdel avait failli décrocher son premier emploi à InfoNetSystem mais on lui avait dit qu’il n’avait finalement pas le profil requis (ou peut être en fait pas la tête de l’emploi). au prix de quelques efforts sur moi-même je réussis à faire une bonne impression lors de l’entretien. La jolie demoiselle en face de moi-même, environ 34 ans pensais-je, me promit un bon salaire en euros sonnant et trébuchant, le tout agrémenté par quelques actions. La société tenait semblait-il à impliquer ses employés par une action participative. A Ce prix là, j’étais prêt à me damner. Je devais commencer le lundi de la semaine suivante. Il suffisait que je me représente au même lieu que mon entretien à 9h. Et je débuterai dans une équipe impliquée sur un projet de web services.  une prime de bienvenue me serai décernée le premier mois. Je nageais dans le bonheur. Abdel avait été engagé aux mêmes conditions. Je devais apprendre plus tard que la société réservait 15% de ses postes à des personnes issues de l’immigration, pas par philanthropie, juste pour éviter les on-dit. On me présentait avant de partir à mon futur chef, quelqu’un de bien sous tout rapport, mais qui semblait très préoccupé par le cours de ses propres actions. Tandis qu’il me décrivait distraitement les objectifs de ma future mission, il était ostensiblement connecté sur Internet  pour suivre la bourse. « à la dernière cotation l’action avait encore bondi de 12% », m’annonça-t-il fièrement. Il allait pouvoir changer bientôt de voitures, ajouta-t-il, ce en quoi je déduis qu’il devait disposer de bien plus d’actions que moi.  Revenant à ma mission et à mes responsabilités, il me dit que le contrat sur lequel je devais bosser devait avoir un retour sur investissement escompté de 27.8%, ce qui me parut à la fois très précis et assez optimiste. J’allais donc devoir travailler beaucoup plus  par rapport à la moyenne mensuelle des autres employés. C’était ce que l’on appelait faire ses preuves. Pour ma part, j’aurai parlé de bizutage. Enfin en contrepartie de mes efforts particuliers on m’assurait d’un soutien permanent de ma hiérarchie, d’une formation dispensé tout au long de ma mission. J’aurai des cours pour prendre en main notamment la partie logiciel système la plus ardue. Tout était parfait, salaire, mission, conditions de travail. Il n’y avait plus qu’à s’y mettre. On me dit à la fin que la semaine précédent l’annonce du succès de la mission, et le règlement par nos clients du contrat, on ferait un pot comme c’était l’usage dans la boite. Quelle jolie coutume !

 

Abdel était tout à fait guéri de ses déconvenues avec InfoNetSystem. Lui et moi, débutâmes le même jour. On nous fournit chacun, un bureau, un ordinateur, et un certain nombre de facilités. Il faut dire que la boite contenait tout un ensemble de services intégrés comme un joli restaurant, une salle de sport et même une crèche pour ceux que ça intéressait. Mon chef au début m’abreuva de conseils en programmation et gestion de projets. Et il s’inquiétait beaucoup de mon intégration dans l’équipe. Il avait du suivre une formation en management, car il me sortait des phrases toutes stéréotypées et pas du tout sincères.  Au bout d’une semaine, je commençais à coder. et j’avançais assez vite. Après deux mois de travail forcené, le développements de web services n’avait plus de secret pour moi. Le projet ayant bien avancé, j’étais même Fondé à espérer une augmentation, m’avait-t-on dit, sous forme d’actions, bien sûr. J’allais aussi sans doute évoluer et dans quelques années pouvoir passer expert ou manager décisionnel. On me disait que cela faisait partie de la culture d’entreprise : favoriser les meilleurs ! Alors, on me ressortait à chaque fois la légende dorée de la NewTeamComputing fondée il y a douze ans par deux anciens ingénieurs de Logiwork, et qui au début avaient travaillé dans la cave de leur pavillon. Tout allait donc bien dans le meilleur des mondes et je me réjouissais presque d’avoir rejoint la SSI qui savait si bien récompenser ses employés. Bien sûr, des bruits de couloirs un peu contradictoires parvenaient aussi à mes oreilles. Ainsi un délégué du personnel, seule voie parfois discordante en l’absence de syndicats, accusait à mots couverts la direction de paternalisme et de stratégie financière un peu trop aventureuse. Bon, c’était probablement à mettre sur le compte d’un passif avec son propre chef qui ne l’avait pas augmenté depuis des lustres. Celui-ci avait près de 65 ans et aurait du être en retraite. Mais il restait, sans doute pour rendre la vie impossible à ses subordonnés et surtout au délégué. La boite dans l’ensemble marchait bien. Et on nous annonça un chiffre d’affaire en hausse de 3 Millions d’euros au troisième trimestre. C’est alors que d’autres bruits me parvinrent auxquels je ne prêtais guère attention au début. Fort de ses succès et de son assise financière notre boite allait peut être faire une fusion-acquisition . La société visée était infoNetSystem (tiens toujours les mêmes). Celle-ci était, semble-t-il, en perte de vitesse depuis le début de l’année. Ils auraient du embaucher Abdel, je pensais alors !

 

La stratégie d’expansion fut finalement celle réellement suivie. A l’automne, on nous dit que fort de notre esprit d’innovation de nos capacités en consulting et de nos prouesses en reporting nous avions réduit en miette la concurrence. Le rouleau compresseur de NewTeamComputing s’était mis en marche et nous allions gagner peu à peu, mais sûrement des parts de marchés jusqu’à devenir des acteurs majeurs, voir incontournables des sociétés de service. Notre société n’allait pas s’arrêter en si bon chemin. « Elle va persévérer dans la voie sur laquelle elle a jusqu’ici basé son succès. Et dans quelques années vous serez content d’avoir pu acheter des actions ! » : nous dit notre chef. « Nous allons absorber un ancien concurrent. Cela ne change rien pour votre quotidien », ajouta-t-il. « Simplement notre entité se verra renforcé par le pôle management décisionnel de la société achetée ». Celui-ci malgré la déconfiture du reste, semblait être très concurrentiel. On allait devoir bosser avec de nouveaux collègues. A la question de savoir qui était la société rachetée, notre chef nous répondit simplement qu’il s’agissait d’InfoNetSystem. Bingo ! Une autre question fut : « Mais vous êtes sur qu’après ce rachat il n’y aura, En revanche, pas de doublons ? » Notre chef nous dit qu’en effet plusieurs activités, (e-learning, infogérance et déploiement de progiciels), doublonnaient un peu. Et il était possible que certaines réorganisations s’imposent. Mais premièrement, notre service n’avait rien à craindre, et deuxièmement c’était ceux que nous achetions  qui devraient faire des efforts. « Ils offrent a priori un plus faible potentiel dans les activités que je viens de citer. Bien sûr, une fois la réorganisation effectuée de nouvelles synergies croisées se dégageront », ajouta-t-il. Bien sûr, bien sûr. Ce sont les personnes absorbées qui devront sans doute se plier à nos exigences et à terme être downsizées.

 

Moi j’ai eu un doute dans le mois qui a suivi l’annonce. L’action comme prévue avait flambé, puis flanché un peu. Le nouveau groupe ainsi formé n’offrait peut être pas aux yeux des investisseurs toutes les perspectives initialement envisagées. Il faudrait un moment avant que celle-ci se hisse à nouveau à un tel niveau. Du coup j’avais perdu un peu d’argent. Et puis, avec un chiffre d’affaire de 2.5 Milliards d’euros, la société venait subitement de grossir. Se plaçant à la 3ème place des SSII en Europe, celle-ci devenait une grosse boite. Lourde, forcément plus lourde, moins réactive. Et surtout moins à l’écoute de ses employés. Perdue de vue la culture d’entreprise du début. Il y eut une baisse de l’activité au passage de la nouvelle année. Et puis un contrat sur lequel je participai n’aboutit pas techniquement. La sanction tomba rapidement. Vu le contexte, la réorganisation, le fait que j’étais l’un des deniers arrivés, on me dit que je n’allais pas conserver mon emploi. et on me congédia rapidement. au total je perçus 52500 euros d’indemnités ce qui couvrit en partie les pertes du à la baisse des (trop) nombreuses actions que j’avais acheté. En fait, je n’étais pas le seul, cette année là, InfoNetSystem licencia 2500 personnes à travers le monde lors de deux plans sociaux successifs. La fusion était une belle réussite ! Notons bien que la valeur de l’action avait bondi à chaque plan, mais c’était trop tard je n’en avais plus. Abdel fut licencié un mois après moi. Toujours à s’accrocher celui-là. En tout cas on ne m’y reprendrait plus avec leurs histoires de cultures d’entreprises, de fidélité à l’employeur. J’étais bien décidé à devenir un mercenaire, et à profiter moi aussi du système. J’ai recherché un nouveau job. J’étais intéressé par l’international. Et finalement après plusieurs mois de recherche j’ai fini par décrocher l’emploi désiré. C’était au début de ce mois de juin. Maintenant, je vais commencer à voyager professionnellement. Je devrai normalement multiplier les missions dès juillet, en étant présent notamment aux Etats-Unis, au Japon, et en Inde. Moi aussi je vais m’enrichir, fonder ma boite et exploiter la crédulité des autres. Abdel lui n’a, à ce jour, pas encore retrouvé de boulot. Pas la tête de l’emploi que je lui dis toujours. Enfin, rien n’est perdu pour lui, peut être qu’un jour je l’engagerai !?

 

Conceptuel
Retour